Il y en moi une volonté de savoir qui prime la volonté d'être heureuse. Je ne pourrais jamais être heureuse en fermant les yeux.
L’horreur de ma vie, c’est la solitude. Parce que je suis une infirme. Je ne puis pas joindre les autres, jamais. De là, ces intoxications par un sentiment, et ces débauches de matière spirituelle.
Ce qui m'est terrible ,ou du moins ,ce qui m'est inacceptable, ce n'est pas mourir. Ce qui est terrible ,c'est de mourir avec l'âme que j'ai eu ces temps-ci , une âme qui n'est que révolte, qu'horreur, que refus, qui ne pardonne pas, qui ne peut pardonner.
Mon corps est trop étroit pour moi, et l'air n'y entre pas assez pour que je parle. L'univers est plein de personnes qui respirent, qui respirent, et qui n'ont rien à dire. Je veux sortir. Je n'aurai pas le temps. Je nage à contretemps. Mais le temps est tari.
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Poèmes de Mesures


Ave


Très haut amour, s’il se peut que je meure

Sans avoir su d’où je vous possédais,

En quel soleil était votre demeure

En quel passé votre temps, en quelle heure

Je vous aimais,



Très haut amour qui passez la mémoire,

Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour,

En quel destin vous traciez mon histoire,

En quel sommeil se voyait votre gloire,

Ô mon séjour...



Quand je serai pour moi-même perdue

Et divisée à l’abîme infini,

Infiniment, quand je serai rompue,

Quand le présent dont je suis revêtue

Aura trahi,



Par l’univers en mille corps brisée,

De mille instants non rassemblés encor,

De cendre aux cieux jusqu’au néant vannée,

Vous referez pour une étrange année

Un seul trésor



Vous referez mon nom et mon image

De mille corps emportés par le jour,

Vive unité sans nom et sans visage,

Cœur de l’esprit, ô centre du mirage

Très haut amour.



Vale


La grande amour que vous m'aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons -Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrée
Nous nous tenions.



Notre soleil, dont l'ardeur fut pensée
L'orbe pour nous de l'être sans second
Le second ciel d'une âme divisée
Le double exil où le double se fond



Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,
Vos yeux vers lui ne l'ont pas reconnu
L'astre enchanté qui portait hors d'atteinte
L'extrême instant de notre seule étreinte
Vers l'inconnu.



Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu'il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu'ivre
Du vin perdu.



J'ai retrouvé le céleste et sauvage
Le paradis où l'angoisse est désir.
Le haut passé qui grandit d'âge en âge
Il est mon corps et sera mon partage
Après mourir.



Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de cœur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t'avais donnée
Pour la douleur.


Scopolamine


Le vin qui coule dans ma veine

A noyé mon cœur et l'entraîne

Et je naviguerai le ciel

À bord d'un cœur sans capitaine

Où l'oubli fond comme du miel.



Mon cœur est un astre apparu

Qui nage au divin non pareil.

Dérive, étrange devenu !

Ô voyage vers le soleil —

Un son nouvel et continu

Est la trame de ton sommeil.



Mon cœur a quitté mon histoire

Adieu Forme je ne sens plus

Je suis sauvé je suis perdu

Je me cherche dans l'inconnu

Un nom libre de la mémoire.


Nova


Dans un monde au futur du temps où j'ai la vie
Qui ne s'est pas formé dans le ciel d'aujourd'hui,
Au plus nouvel espace où le vouloir dévie
Au plus nouveau moment de l'astre que je fuis
Tu vivras, ma splendeur, mon malheur, ma survie
Mon plus extrême cœur fait du sang que je suis,
Mon souffle, mon toucher, mon regard, mon envie,
Mon plus terrestre bien perdu pour l'infini.
Évite l'avenir, Image poursuivie !
Je suis morte de vous, ô mes actes chéris
Ne sois pas défais toi dissipe toi délie
Dénonce le désir que je n'ai pas choisi.
N'accomplis pas mon jour, âme de ma folie, —
Délaisse le destin que je n'ai pas fini.


Maya


Je descends les degrés de siècles et de sable
Qui retournent à vous l'instant désespéré
Terre des temples d'or, j'entre dans votre fable
Atlantique adoré.

D'un corps qui ne m'est plus que fuie enfin la flamme
L'Âme est un nom chéri détesté du destin —
Que s'arrête le temps, que s'affaisse la trame,
Je reviens sur mes pas vers l'abîme enfantin.

Les oiseaux sur le vent dans l'ouest marin s'engagent,
Il faut voler, bonheur, à l'ancien été
Tout endormi profond où cesse le rivage
Rochers, le chant, le roi, l'arbre longtemps bercé,
Astres longtemps liés à mon premier visage,

Singulier soleil de calme couronné.


Extrait du journal de jeunesse



Dans la vie, la jeune fille est un être seul.Ah, combien seule! Enfant,elle fut gâtée , adulée.
Jeune fille,on la laisse. C'est une fleur dont on ne veut pas respirer le parfum. Quand elle est dans le monde , une visible gêne et une contrainte pèsent sur les dames et les messieurs: on ne doit pas dire de légèretés. On s'observe. Quel ennui que la jeune fille!
Pauvre jeune fille!A qui pourra-t-elle se confier?A qui dire les choses qui brulent le cœur?Près de qui pleurer? Avec qui sourire? Hélas avec personne. Et voilà pourquoi j'ai ce cahier , et voilà pourquoi j’écris, je pense et j'espère sur ces feuilles. C'est avec lui que je souris. Et c'est avec lui que je pleure... O mon ami!


Catherine peinte par Paul Valery


extraits
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De très jolies poèmes, merci de nous faire découvrir Catherine Pozzy et Begerac !

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Merci à vous :)

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Hommage à Catherine Pozzi, Bergerac
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